L’état de l’enseignement dans le monde
Selon l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE
En octobre 2025, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a révélé les résultats de son enquête TALIS 2024, une vaste étude mondiale sur la profession enseignante. Avec 280 000 participants dans 55 systèmes éducatifs, cette étude a mis en évidence une profession résiliente mais sous haute tension.

Au Canada, seule la province de l’Alberta a participé à cette étude, et ce, uniquement au niveau secondaire. Cette participation partielle ne permet pas de brosser un portrait représentatif de l’ensemble du pays, en particulier de la situation au Québec.
Le vieillissement du corps enseignant : une tendance internationale

Un amour du métier qui résiste… pour l’instant
Malgré les défis et les obstacles, les enseignants ont un amour profond pour leur profession. À l’échelle mondiale, près de 90% se disent globalement satisfaits et trois quarts signeraient à nouveau pour cette carrière. Ce socle de motivation reste solide en raison d’un fort sentiment d’utilité sociale.
Mais attention aux fissures. En France, cette satisfaction tombe à 54 %, l’un des taux les plus bas du monde. De plus, l’Alberta, notre seule porte d’entrée vers la réalité canadienne, semble connaître des difficultés, car le taux de satisfaction y a diminué de 7 points par rapport à 2018.

L’Alberta : championne du stress
Si l’Alberta fait figure de bon élève en matière d’équipement technologique, ses indicateurs de bien-être virent au rouge vif. En effet, 42 % des enseignants albertains déclarent ressentir « beaucoup » de stress au travail, soit plus du double de la moyenne mondiale (19 %).
Cette pression n’est pas abstraite. Elle découle de journées de travail très longues (près de 47 heures par semaine, contre 41 ailleurs), ainsi que d’une charge mentale écrasante. La gestion de la classe y est particulièrement lourde : les enseignants de l’Alberta y consacrent 20 % de leur temps, soit bien davantage que leurs collègues de l’international (15 %).
Le virage de l’IA : deux vitesses
L’enquête révèle une fascinante fracture numérique. Alors que 75 % des enseignants à Singapour et aux Émirats arabes unis utilisent l’intelligence artificielle, seuls 14 % d’entre eux le font en France.

L’Alberta, quant à elle, se distingue par son audace : 61 % des enseignants y utilisent déjà l’IA, principalement pour créer des plans de cours. C’est presque le double de la moyenne mondiale (36 %). Cependant, malgré cet usage intensif, la demande de formation reste urgente, ce qui suggère que l’outil a été adopté plus rapidement que sa documentation.
La reconnaissance : le maillon faible
Voici peut-être la constatation la plus amère : les enseignants se sentent utiles, mais peu écoutés. En Alberta, le sentiment de valorisation de la société a chuté brutalement de 28 points en six ans. La satisfaction salariale est aussi en baisse de 26 points, ce qui illustre bien le fossé grandissant entre l’investissement demandé et la reconnaissance perçue.
En bref, ce qu’il faut retenir
TALIS 2024 nous offre un reflet ambivalent. D’un côté, on voit une profession engagée et prête à innover, comme en témoigne l’adoption de l’IA en Alberta. De l’autre, il met en lumière des systèmes qui fonctionnent à pleine capacité, épuisant les professionnels sous une charge administrative et disciplinaire accrue.
Même si l’Alberta continue à servir de baromètre, le système éducatif de cette province pourrait bien cacher une fatigue structurelle qui doit être traitée en urgence. Pour le Canada, l’absence des autres provinces qui ont chacune leur propre ministère de l’Éducation constitue un « silence assourdissant » dans ce portrait.
Référence
OECD. (2025). Results from TALIS 2024: The state of teaching. OECD Publishing. https://doi.org/10.1787/90df6235-en




