Plagiat universitaire au Québec — Rapport PUPP
Une réalité à cinq visages
Ni épidémie de malhonnêteté ni simple manque de compétences.
Le Partenariat universitaire sur la prévention du plagiat (PUPP) dévoile les résultats du Rapport sur les profils des étudiants universitaires du Québec. Un projet de recherche de 6 ans qui regroupe 62 chercheurs et chercheuses de 35 universités à travers le monde. Il ne confirme pas le récit dominant. Il le complique, et c’est là sa valeur.
Le projet comporte plusieurs phases. Son Bilan pour le Québec est réalisé par Louise-Amélie Cougnon (UCLouvain), Juliane Bertrand (UQAM) et Nastaran Movaghar (UQO). Il repose sur 741 réponses complètes du corps étudiant et 582 réponses du corps enseignant provenant de 7 universités québécoises (UdeM, UdeS, Laval, UQAC, UQAM, UQAT et UQO). Les données ont été recueillies au printemps 2023. Parmi les étudiants participant à l’étude, 24 % d’entre eux ont passé un an ou moins à l’université, 41 % y sont depuis deux ou trois ans, tandis que 35 % ont plus de trois ans d’expérience.
« Ce rapport porte, d’une part, sur un bilan ponctuel des pratiques numériques des étudiants du Québec et de leur rapport au plagiat et, d’autre part, il tente de présenter différents profils d’étudiants autour de pratiques et de caractéristiques similaires afin d’apporter à la communauté universitaire les moyens de communiquer de manière plus ciblée sur les problématiques de plagiat et d’apporter des solutions et des outils adaptés aux différents profils. » (Cougnon et al., 2026, p. 4)
Avant d’aller plus loin, une limite mérite d’être nommée clairement : les 551 femmes représentent 74 % des personnes ayant répondu, alors qu’elles constituent 59 % des effectifs réels de premier cycle au Québec. Ce déséquilibre, que les auteures signalent elles-mêmes, oriente la composition des profils.
Bilan des pratiques numériques de la communauté étudiante
La première partie du rapport dresse le portrait d’un corps étudiant québécois généralement bien équipé sur le plan numérique : 95 % possèdent un ordinateur portable et 43,4 % consacrent entre trois et cinq heures par jour à leurs tâches universitaires devant un écran. Malgré cela, les recours aux ressources institutionnelles demeurent étonnamment limités.
Si 92,6 % utilisent Google Scholar et 91,8 % le catalogue Sofia, seuls 22 % sollicitent une bibliothécaire ou un bibliothécaire pour la recherche d’information. Ce taux tombe à 16,2 % pour le référencement. Dans les deux cas, les pairs constituent la ressource de premier recours.
La confiance en ses propres compétences est élevée en lecture (88 %) et en rédaction (85 %), mais plus modérée en référencement (75 %). Seuls 44 % utilisent un logiciel de gestion bibliographique.
Selon une note du rapport, dès mars-avril 2023, 23 % des personnes déclaraient recourir à l’IA générative pour rédiger leurs travaux. Ce taux est resté stable à 24 % en 2025, même si les usages se sont déplacés vers la recherche d’idées et la révision.
Positionnements par rapport au plagiat
Avant d’examiner en détail les cinq profils, il est nécessaire de présenter certains chiffres clés sur le plagiat.
Selon l’enquête, 83 % des étudiantes et étudiants connaissent les sanctions en cas de plagiat et 90 % disent savoir comment l’éviter. On ne peut donc pas dire que le plagiat au Québec est un problème d’ignorance des règles.
Voici les cinq raisons les plus fréquemment évoquées par la communauté étudiante pour expliquer le plagiat :
- ne pas savoir comment citer correctement (58,6 %);
- croire qu’on ne se fera pas prendre (57,1 %);
- manquer de temps (51,6 %);
- être dépassé par la charge de travail (48,9 %);
- et ne pas savoir paraphraser (44,9 %).
Trois de ces cinq raisons sont liées à un manque de compétences.
Il faut cependant préciser ici que…
- Ces réponses portent sur les représentations que les personnes répondantes ont du comportement d’autrui et pas de leur propre conduite.
- Le corps étudiant, dans son ensemble, se considère comme suffisamment compétent. C’est toujours l’autre qui plagie par incompétence ou par paresse.
C’est justement ce décalage entre la perception de soi et celle d’autrui que les cinq profils permettent de nuancer et de mieux comprendre.
Une réalité à cinq visages
La deuxième partie du rapport vise à identifier des profils d’étudiantes et d’étudiants suffisamment distincts pour qu’on puisse leur offrir des interventions pédagogiques différenciées en matière d’intégrité académique. Les auteures ont soumis les 741 réponses complètes à une analyse statistique de regroupement.
Une première segmentation en quatre profils, construite à partir des mêmes variables que celles utilisées pour les données belges du même projet, a été rejetée en raison d’un résultat statistiquement trop faible : les données québécoises ne se distribuent pas selon le même modèle. Un découpage en cinq profils a ensuite été retenu pour sa cohérence statistique et parce que les participantes et participants s’y répartissent de façon relativement équilibrée. Chaque groupe représente environ 20 % de l’échantillon, ce qui permet de les traiter à égalité.
Les auteures précisent également ce qui ne diffère pas entre les profils : la langue de communication, le nombre d’années à l’université, le temps passé devant les écrans, le désir de développer ses compétences en recherche d’information, en rédaction et en évitement du plagiat, de même que l’utilisation d’un style de référencement disciplinaire sont des caractéristiques partagées par l’ensemble du corps étudiant, indépendamment du profil d’appartenance.
Les caractéristiques des cinq profils présentés sont les suivantes :
Caractéristiques des non-responsables outillé·es (17,9%)
Ce groupe est principalement composé d’étudiantes et d’étudiants ayant effectué la majorité de leurs études antérieures hors du Canada, sans interruption de parcours avant l’université. Le personnes de ce groupe se concentrent dans des disciplines comme l’ingénierie, les sciences informatiques, le management et les sciences appliquées.
Ce sont les personnes les mieux équipées dans l’échantillon. Elles sont particulièrement nombreuses à utiliser Google Scholar, Zotero, Turnitin et les outils d’IA générative, même si elles accèdent moins que les autres aux ressources de la bibliothèque universitaire.
Sur le plan de la paraphrase, elles sont parmi les plus nombreuses à devoir reformuler des passages trop proches de la source originale lors de la révision, et peu d’entre elles trouvent facile de modifier la structure d’une phrase par elles-mêmes. Leur fort recours aux outils de reformulation en ligne semble donc traduire une difficulté réelle à paraphraser sans aide technique.
C’est le seul groupe à déclarer qu’il fait davantage attention pour ne pas plagier lorsque l’enseignante ou l’enseignant utilise un logiciel de détection. Cela suggère que leur engagement envers l’intégrité académique est encore lié à des facteurs externes plutôt que d’être totalement intériorisé.
Enfin, pour expliquer le plagiat chez autrui, ce groupe tend à mettre en cause les circonstances et le système environnant plutôt que la responsabilité individuelle.
Caractéristiques des sous-équipé·es incertain·es (17,9%)
Ce groupe rassemble surtout des étudiantes et étudiants en arts, en architecture, en sciences humaines et en sciences biomédicales, dont beaucoup ont fait une pause avant de commencer l’université.
Ce sont les personnes qui sont les moins équipées numériquement parmi l’échantillon. Elles travaillent avec un ou deux appareils, n’utilisent pas de logiciel de gestion bibliographique et consultent peu les ressources de la bibliothèque universitaire. Elles n’ont pas recours à l’IA générative.
En ce qui concerne l’intégrité académique, elles ne connaissent pas les règles relatives au plagiat ni les sanctions. La présence d’un logiciel de détection ne change rien à leur comportement.
En revanche, elles se sentent plutôt à l’aise pour reformuler et paraphraser par elles-mêmes, ce qui expliquerait peut-être pourquoi elles n’utilisent pas d’outils de paraphrase en ligne. Les auteures émettent une hypothèse importante : leur faible recours à l’ensemble des outils numériques disponibles invite à se demander si ces étudiantes et étudiants en connaissent simplement l’existence.
Finalement, pour expliquer pourquoi les autres plagient, ce groupe sélectionne modérément les arguments liés au manque de compétences, sans se démarquer pour les arguments d’opportunisme ou de déresponsabilisation
Caractéristiques des jeunes confiants (18,2%)
Ce groupe est surtout composé de jeunes étudiantes et étudiants ayant fait leurs études au Canada, avec une surreprésentation des moins de 20 ans et sans concentration dans un domaine particulier.
Leur rapport aux outils numériques est sélectif : ce groupe utilise volontiers Google Scholar, mais peu d’entre eux ont recours aux logiciels de gestion bibliographique, aux outils de détection de similitudes ou à l’IA générative.
Cette sélectivité va de pair avec une forte confiance en leurs compétences en référencement. Ils et elles sont les moins nombreux à demander de l’aide à leurs professeures et professeurs sur ce sujet. Cette situation pourrait expliquer leur faible recours aux logiciels bibliographiques.
En ce qui concerne l’intégrité académique, tous et toutes déclarent connaître les sanctions en cas de plagiat, les effets possibles sur leur carrière et les façons d’éviter le plagiat.
Pourtant, peu trouvent facile de modifier la structure d’une phrase en la paraphrasant. Cela suggère qu’une meilleure familiarisation avec les outils numériques pourrait les soutenir dans cette tâche.
Enfin, pour expliquer le plagiat chez autrui, ce groupe ne retient pas les arguments qui dédouaneraient l’étudiant, mais répartit plutôt ses réponses de façon assez équilibrée entre responsabilisation directe et indirecte.
Caractéristiques des compétent·es indulgent·es (22,4%)
Ce groupe est composé surtout d’étudiantes et étudiants inscrits en sciences sociales, majoritairement québécois, bien formés et confiants en leurs capacités.
Ils travaillent majoritairement avec trois appareils et consultent régulièrement les ressources de la bibliothèque universitaire, sans se démarquer pour les logiciels de gestion bibliographique.
Ils ne font pas non plus appel aux logiciels de détection de similitudes ni à l’IA générative pour leurs travaux. Ils sont à l’aise avec le référencement et ne recourent pas à des outils de paraphrase en ligne.
Peu d’entre eux trouvent cependant facile de modifier la structure d’une phrase en paraphrasant. Peu déclarent avoir à reformuler des passages lors de la révision, ce qui donne l’image d’un groupe qui se perçoit comme compétent à l’écrit.
Ce groupe connait bien les règles et les sanctions relatives au plagiat. La présence d’un logiciel de détection ne change pas leur comportement.
Ce qui caractérise vraiment ce groupe, c’est sa façon d’expliquer le plagiat chez autrui. « Ce groupe postule à la fois que le plagiat peut être le résultat d’une faible intégrité académique, du manque de compétences et des facteurs externes aux étudiants. » (Cougnon et al., 2026, p. 24) Les personnes étudiantes de ce groupe traitent ainsi la question de manière abstraite en gardant toutes les hypothèses théoriques ouvertes.
Caractéristiques des expérimenté·es intransigeant·es (23,5%)
C’est le plus grand groupe et le plus homogène : 82 % de femmes, pour la plupart âgées de plus de 25 ans, avec une surreprésentation en psychologie et en sciences de l’éducation.
Bien équipées sur le plan numérique, elles sont très bien informées. Elles sont nombreuses à déclarer utiliser Google Scholar, mais leurs pratiques de référencement, de paraphrase et de fréquentation de la bibliothèque ne les distinguent pas du reste de l’échantillon.
En termes d’intégrité académique, elles affirment toutes être au courant des règles, des conséquences et des moyens d’éviter le plagiat. La présence d’un logiciel de détection n’a pas modifié leur comportement et elles n’ont pas recours à des logiciels de détection de similitudes ou à l’IA générative.
Leur confiance en rédaction et en référencement reste cependant modérée, et les auteures estiment qu’une meilleure familiarisation avec certains outils numériques pourrait aider ces étudiantes à renforcer cette confiance.
Ce qui caractérise vraiment ce groupe, c’est ce qu’il ne fait pas : il ne retient aucun des trois registres d’explication du plagiat, que ce soit la malhonnêteté, le manque de compétences ou les pressions extérieures. Les auteures interprètent cette absence comme le signe que ces étudiantes n’arrivent pas à expliquer pourquoi les autres plagient, d’où le nom d’intransigeantes qui leur est attribué.
Ce que ces 5 profils disent de l’environnement pédagogique
Ce déplacement de regard, du profil de la personne étudiante vers la structure de l’environnement pédagogique dans lequel elle évolue, est peut-être la contribution la plus durable de ce rapport.
Les profils ont été élaborés en fonction des comportements et des représentations du corps étudiant. Toutefois, l’une des données transversales nécessite une lecture particulière :
- 54,7 % des personnes répondantes déclarent que leurs enseignantes et enseignants ne leur fournissent que rarement, voire jamais, des sources de référence pour la réalisation de leurs travaux.
- Moins d’une personne sur cinq consulte une bibliothécaire ou un bibliothécaire pour un problème de référencement ; les pairs constituent la ressource de premier recours, à 54 %.
Ces deux chiffres ne décrivent pas seulement des comportements individuels, ils décrivent un environnement pédagogique qui n’a pas encore pleinement intégré la formation à l’intégrité académique comme une responsabilité partagée entre le corps étudiant, le corps enseignant et les bibliothécaires.
Pistes pour le développement de l’intégrité académique
La troisième section du rapport débouche sur trois pistes concrètes pour le milieu universitaire.
Référence
Cougnon, L.-A., Bertrand, J. et Movaghar, N. (2026). PUPP – Partenariat universitaire sur la prévention du plagiat — Bilan pour le Québec. Rapport de recherche, UQAM et UCLouvain. https://doi.org/10.17605/OSF.IO/9VHZ8




