29 avril 2026

Utiliser l’IA, mais sans lui faire confiance

Une révélation du rapport Gallup sur la génération Z

Les données du rapport révèlent que les 14-29 ans ne rejettent pas l’intelligence artificielle générative, mais ne l’embrassent pas totalement non plus.

La génération Z utilise l’IA générative au même rythme qu’en 2025, mais elle lui fait de moins en moins confiance. C’est le paradoxe central que documente un rapport de Gallup, de la Walton Family Foundation et de GSV Ventures, publié en avril 2026, après avoir sondé pour la deuxième fois plus de 1 500 personnes âgées de 14 à 29 ans aux États-Unis.

Le rapport, intitulé The AI Paradox : More Exposure, Less Confidence Among Gen Z, constitue la deuxième vague de collecte de la série Voices of Gen Z, menée pour la deuxième année consécutive. Il permet ainsi de mesurer l’évolution des attitudes et pas seulement leur état ponctuel.

L’usage des 14-29 ans plafonne

La moitié des 14-29 ans (51 %) utilisent l’IA générative au moins une fois par semaine (22 % quotidiennement, 29 % hebdomadairement). Ce taux est donc resté stable depuis 2025. Cela contraste cependant avec les milieux de travail où l’accès des travailleuses et travailleurs à l’IA générative a augmenté de 50 % en 2025 et où la part des heures consacrées à son utilisation est passée de 4,1 % à 5,7 %. Le rapport conclut que l’adoption significative parmi les jeunes demeure inégale et qu’elle ne progresse pas d’elle-même. Ce n’est donc pas la génération Z qui fait augmenter le taux d’adoption.

Il est intéressant de noter l’influence du milieu familial. Dans un sous-échantillon de parents interrogés séparément, les résultats montrent que l’utilisation de l’IA générative par les élèves du secondaire est fortement liée à celle de leurs parents.

  • Lorsqu’un parent utilise l’IA générative quotidiennement, alors 80 % des enfants l’utilisent au moins une fois par semaine.
  • Lorsqu’un parent ne l’utilise jamais, le taux d’utilisation chute à 26 %.

Des émotions plus négatives

En une année, les émotions positives à l’égard de l’IA générative ont fortement diminué :

  • L’enthousiasme a diminué de 36 % à 22 % (-14 points).
  • L’espoir baisse de 27 % à 18 % (-9 points).
  • La colère a connu une hausse, passant de 22 % à 31 % (+9 points).
  • L’anxiété, déjà élevée, est restée stable à 42 %.
  • La curiosité est l’émotion la plus répandue (49 %), mais on ne peut pas en suivre l’évolution, car on la mesure pour la première fois cette année.

Les personnes qui utilisent l’outil tous les jours affichent des dispositions plus favorables que celles qui ne l’utilisent pas. Toutefois, il ne faudrait pas en déduire que l’usage intensif protège contre le scepticisme. En effet, ces mêmes personnes utilisatrices assidues ont également vu leur enthousiasme baisser de 18 points et leur espoir de 11 points depuis 2025. Comme l’indique le rapport, rendre les outils d’IA générative disponibles ne suffit pas.

L’effet de l’IA générative sur la capacité de penser

Le scepticisme ne porte pas sur l’IA en général. Il se concentre précisément sur ses effets cognitifs. La croyance que l’IA accélère le travail a reculé de 10 points (56 %), celle qu’elle accélère l’apprentissage de 7 points (46 %).

Pour ce qui est des compétences spécifiques, les perceptions défavorables l’emportent également :

  • Recherche d’informations fiables : 37 % pensent que l’IA générative les aidera, tandis que 39 % croient qu’elle leur nuira.
  • Génération d’idées originales : 31 % pensent qu’elle les aidera, 38 % qu’elle leur nuira.
  • Pensée critique : 25 % pensent qu’elle les aidera, 42 % qu’elle leur nuira.

Mais surtout, 80 % des personnes répondantes jugent probable que l’utilisation de l’IA rendra leur apprentissage futur plus difficile, dont 34 % d’entre elles le jugent « très probable ». Cette préoccupation est majoritaire dans tous les sous-groupes sans exception.

Un encadrement à l’école, mais des angles morts persistants

Les écoles secondaires américaines se sont adaptées rapidement. En une année, la proportion d’élèves affirmant que leur établissement a établi des directives concernant l’IA générative est passée de 51 % à 74 %. De plus, l’accès aux outils d’IA générative depuis les équipements scolaires a augmenté, passant de 36 % à 49 %. En parallèle, 56 % des élèves se sentent maintenant suffisamment préparés pour utiliser l’IA dans leur vie quotidienne après le secondaire, soit une hausse de 12 points. Il faut toutefois distinguer la confiance dans la compétence technique perçue et la confiance dans les effets cognitifs de l’outil : les données du rapport montrent que ces deux dimensions ne progressent pas en même temps.

Deux angles morts subsistent malgré tout. Premièrement, seuls 28 % des élèves affirment que leur école leur fournit des outils d’IA générative, ce qui signifie que l’accès dépend largement de ressources personnelles ou informelles. Deuxièmement, les données selon le revenu familial révèlent une inégalité structurelle : les élèves des ménages à faible revenu ont plus souvent accès et l’autorisation d’utiliser l’IA générative à leurs écoles, mais elles sont les moins bien dotées en politiques formelles d’encadrement (62 %, contre 91 % dans les ménages aisés).

Ce que cela signifie pour leur arrivée à l’enseignement supérieur

La génération Z, qui arrive dans les établissements postsecondaires, n’est ni hostile à l’IA générative ni conquise par elle. Elle l’utilise, mais avec une méfiance grandissante quant à ses conséquences à long terme sur le développement cognitif. Cependant, 52 % des élèves du secondaire estiment qu’ils ou elles auront besoin de maîtriser l’IA pour leurs études postsecondaires (en hausse de 5 points par rapport à 2025), et 48 % pensent qu’elle sera nécessaire dans leur future carrière.

La communauté étudiante de cette génération est façonnée par un rapport à la technologie structuré davantage autour des risques que des bénéfices. Les dispositifs pédagogiques qui traitent l’IA générative uniquement comme un levier d’efficacité risquent d’approfondir le scepticisme d’une génération déjà consciente des compromis en jeu.

Le rapport ne se contente pas de poser la question de l’exposition de la communauté étudiante à l’IA générative, mais il invite à s’interroger sur la manière dont cet accès est structuré. C’est exactement là que se trouvent les défis à venir. Le rapport complet, avec ses données détaillées ventilées par sous-groupes et ses implications, est disponible en accès libre et mérite une lecture attentive.

Référence

Gallup, Walton Family Foundation et GSV Ventures. (2026). The AI paradox : More exposure, less confidence among Gen Z (Voices of Gen Z). https://www.gallup.com/file/analytics/708176/Gallup_WFF_GSV_Report.pdf

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