4 novembre 2025

L’IA en classe : outil ou enseignant ?

« Classe de maîtres » de l’UNESCO

L’IA éducative selon trois spécialistes de renommée internationale

L’intégration de l’IA en éducation est avant tout un projet humaniste qui place le corps enseignant au cœur d’une transformation pédagogique éthique et inclusive.

Comment intégrer l’intelligence artificielle en éducation sans perdre l’essence même de l’enseignement ?

Cette question cruciale était au cœur d’une classe de maîtres de l’UNESCO, qui a rassemblé en direct, en octobre 2025, plus de 800 membres du corps enseignant de 97 pays pour explorer les défis et opportunités de l’IA en classe.

Ce format de 2 heures en ligne, intitulé « Masterclass UNESCO Campus », s’adressait spécifiquement au personnel enseignant en anglais et visait à l’outiller pour développer la pensée critique et la littératie médiatique à l’ère de l’IA.

Le corps enseignant au coeur de la révolution IA

Carlos Vargas est chef de la Section du développement des enseignants et enseignantes à l’UNESCO. Il dirige également le secrétariat de l’Équipe spéciale internationale sur le personnel enseignant pour «Éducation 2030».

Selon lui, l’IA peut certainement alléger la charge administrative des enseignants et soutenir certaines tâches pédagogiques. Cependant, elle ne peut pas remplacer la dimension sociale et affective de l’éducation. Vargas souligne que l’éducation vise maintenant à développer la socialisation, le façonnement des identités et la formation du caractère responsable envers soi, autrui et la planète. Il appelle au développement professionnel complet des personnes enseignantes afin qu’elles sachent quand s’appuyer sur l’IA et quand s’en abstenir.​

Défis, risques, sagesse et discernement

Ann-Louise Davidson, Ph. D., est professeure au Département d’éducation de l’Université Concordia, à Montréal. Elle fait également partie de l’OBVIA (Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique).

Elle propose une approche nuancée de l’utilisation pédagogique de l’IA. Elle identifie plusieurs risques liés à son utilisation excessive dans le domaine de l’éducation : baisse des capacités analytiques, perte de créativité, augmentation de l’anxiété de performance et dépendance technologique. Elle recommande une utilisation judicieuse de l’IA : créer d’abord du contenu soi-même, puis l’améliorer avec l’IA sans déléguer complètement la création pédagogique.

Davidson conclut son intervention en illustrant concrètement comment révéler les biais intégrés dans l’IA : lorsque ChatGPT génère l’image d’un « étudiant type » blanc et masculin, elle montre comment questionner l’outil pour obtenir une représentation plus inclusive. Cette approche critique transforme l’usage passif de l’IA en exercice pédagogique riche.

Le cadre éthique comme boussole

Jay Ralitera est chargée de programme pour l’éducation aux médias et à l’information au Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Est. Experte en littératie médiatique et informationnelle, elle coordonne plusieurs initiatives stratégiques, notamment le développement d’un dictionnaire d’IA anglais-kiswahili pour réduire la fracture numérique.

Ralitera présente 10 principes éthiques qui servent de fondement à la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle, approuvée en novembre 2021 par 194 États membres. On compte parmi ces principes cruciaux :

  • Non-nuisibilité (ne pas causer de tort)
  • Sécurité et sûreté (protection et sécurisation)
  • Équité et non-discrimination (justice et inclusion)
  • Droit à la vie privée et protection des données (confidentialité des informations)
  • Durabilité (développement durable)
  • Supervision et détermination humaine (contrôle humain maintenu)
  • Transparence et explicabilité (compréhension des algorithmes)
  • Sensibilisation et littératie (éducation et formation des utilisateurs)
  • Gouvernance multiacteurs et collaboration adaptative (participation inclusive)
  • Responsabilité et redevabilité (obligation de rendre compte)

Ces principes ne sont pas de simples recommandations théoriques. Ils se traduisent par des guides pratiques développés dans le cadre du projet Campus Africa, offrant aux personnes enseignantes des outils concrets pour naviguer éthiquement dans l’univers de l’IA éducative.

Vers une formation continue et collaborative

Les trois spécialistes du panel s’accordent pour souligner l’importance d’une formation continue collaborative plutôt que sur des sessions ponctuelles. Cette approche favorise la création de communautés de pratiques (CoP) au sein desquelles le personnel enseignant peut partager, expérimenter et développer ses méthodes pédagogiques liées à l’IA.​

L’objectif ultime est de transformer le personnel enseignant en facilitateurs et facilitatrices d’expériences d’apprentissage enrichies par l’IA, tout en préservant des espaces d’apprentissage authentiquement humains. Car, si l’IA peut traiter l’information à une vitesse inégalée, elle ne peut reproduire l’empathie, l’intuition pédagogique et la capacité d’adaptation qui font l’essence même de l’enseignement.

Au final

Cette « classe des maîtres » rappelle que l’IA est capable de traiter l’information, mais seul le corps enseignant possède la faculté unique de transformer l’information en un apprentissage significatif, de cultiver l’empathie et d’adapter sa pédagogie aux besoins particuliers de chaque personne étudiante.

​Références

UNESCO. (2021). Recommandation sur l’éthique de l’intelligence artificielle [SHS/BIO/PI/2021/1]. UNESCO. https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000381137

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