Comprendre le plagiat pour mieux le prévenir
Comparaison entre les perceptions étudiantes et enseignantes
Prévenir le plagiat, c’est clarifier, former et adapter, bien plus que détecter et sanctionner.
Depuis la pandémie de COVID‑19 et l’essor de l’IA générative, le plagiat suscite une préoccupation croissante dans l’enseignement supérieur. Plutôt que de se limiter aux mécanismes de détection et aux sanctions, une étude internationale propose d’examiner les raisons qui incitent les personnes étudiantes à plagier et de les comparer aux perceptions du personnel enseignant.
La publication s’intitule Evaluating the Psychometric Properties of a Questionnaire on Reasons Influencing Students to Plagiarize and Comparing the Perception of Teachers and Students [PDF, 527Ko] (Cadieux, Déri et Vincent, 2025), Université du Québec en Outaouais (UQO). Elle s’appuie sur les réponses de plus de 6 000 personnes provenant de 31 universités nord‑américaines et européennes. Elle se distingue par une comparaison directe des points de vue du corps enseignant et des communautés étudiantes quant aux raisons du plagiat.
Trois grandes catégories de raisons incitant au plagiat
Les personnes répondantes ont indiqué les raisons associées au plagiat en choisissant parmi 23 énoncés proposés en trois dimensions :
- Composantes des tâches (6 items) : charge de travail, clarté des consignes, délais, difficulté des travaux.
- Normes subjectives (11 items) : croyances sociales ou culturelles, sentiment d’impunité, banalisation du plagiat.
- Caractéristiques personnelles (6 items) : compétences en rédaction et en citation, maîtrise de la langue, motivation.

Ce modèle à trois catégories, validé par l’étude, reflète clairement les principales raisons évoquées tant par la communauté étudiante que par le personnel enseignant.
Quand les étudiantes et étudiants pointent la pédagogie
Pour la communauté étudiante, les causes du plagiat renvoient d’abord à l’organisation du travail universitaire : surcharge, manque de temps et consignes jugées complexes ou imprécises.
« Proportionally, students are significantly more likely than teachers to perceive the components of the task as an incentive to plagiarize (5 out of 6 items) »
(Cadieux, Déri, & Vincent, 2025, p. 12).
Quand les enseignants et enseignantes évoquent les attitudes
Le personnel enseignant associe plus souvent le plagiat à des normes et à des attitudes : sentiment d’impunité, banalisation, croyance que « ce n’est pas grave ».
« Proportionally, teachers are significantly more likely than students to perceive subjective norms as an incentive to plagiarize (8 out of 11 items) »
(Cadieux, Déri, & Vincent, 2025, p. 12).
Exception notable : l’item « paresse » est davantage coché par les personnes étudiantes que par le personnel enseignant.
Des zones d’accord… mais limitées
Les deux groupes reconnaissent l’existence de difficultés personnelles, comme savoir citer correctement, reformuler les idées d’autrui ou écrire dans une langue maîtrisée. Cependant, ces facteurs apparaissent comme moins déterminants que les contraintes liées aux tâches ou les croyances concernant le plagiat.
Comme l’indiquent les auteurs, les différences sur ces aspects sont « rather mixed or insignificant » (Cadieux, Déri & Vincent, 2025, p. 12).
Prévenir le plagiat autrement
L’étude montre que les stratégies de prévention doivent être adaptées aux perceptions divergentes des deux groupes.
- Pour la communauté étudiante, cela signifie clarifier les attentes, diversifier les formes d’évaluation et mieux accompagner la gestion du temps.
- Pour le personnel enseignant, l’accent devrait être mis sur la crédibilité des règles, le rappel des sanctions et la promotion d’une véritable culture d’intégrité.
- Pour les établissements, l’efficacité repose sur un équilibre entre prévention et dissuasion, la formation aux compétences informationnelles et l’adaptation des politiques aux réalités vécues par chacun.
L’effet transformateur de l’IA sur le plagiat et prudence d’interprétation
L’équipe de recherche insiste sur un point crucial : les données ont été collectées au début de la diffusion de l’IA générative dans le milieu universitaire. Son usage accru pourrait avoir transformé les perceptions et les pratiques liées au plagiat.
« The results should therefore be interpreted with caution, as the uses and perceptions of this new technology may have greatly changed since then. The same applies to distance learning, which has become established in teaching practices since the COVID-19 pandemic »
(Cadieux, Déri, & Vincent, 2025, p. 15).
Ces réalités appellent de nouvelles recherches pour mieux comprendre l’évolution des raisons qui incitent au plagiat et pour adapter les stratégies de prévention.
Conclusion
Cette recherche révèle que la communauté étudiante et le corps enseignant n’expliquent pas le plagiat de la même manière. Pour les personnes étudiantes, il est principalement lié à des facteurs pédagogiques ; pour le personnel enseignant, il s’ancre davantage dans des attitudes et des croyances.
Ces divergences comptent, car elles influencent directement les solutions proposées et leur efficacité. En tenant compte des deux points de vue, les universités peuvent mettre en place des pratiques plus équilibrées, qui associent formation, accompagnement et sanctions.
Promouvoir une culture d’intégrité suppose d’écouter et d’intégrer les réalités propres à chaque groupe. C’est à cette condition que la prévention du plagiat peut contribuer à renforcer durablement l’intégrité académique.
Bibliographie
Cadieux, A., Déri, C. E., & Vincent, F. (2025). Evaluating the psychometric properties of a questionnaire on reasons influencing students to plagiarize and comparing the perception of teachers and students. International Journal of Higher Education, 14(3), 33-50. https://doi.org/10.5430/ijhe.v14n3p33




