Bien-être étudiant : comprendre pour mieux agir
Stress, épuisement, anxiété à l’université
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« Le bien-être scolaire dépend d’un ensemble de facteurs qui évoluent en fonction de l’âge et du parcours des apprenants. […] À l’université, la pression académique, les exigences d’insertion sociale et les risques psycho-sociaux tels que l’anxiété ou le burnout sont autant de défis qui nécessitent une prise en compte accrue du bien-être des étudiants. Ainsi, il apparait essentiel d’adopter une approche globale […] pour mieux soutenir les apprenants ».
(Adrien, 2025.)
Publié chez Dunod en 2025, l’ouvrage Adaptation au stress en contexte scolaire aborde sous tous les angles la détresse étudiante grandissante au Québec et ailleurs. Une trentaine d’auteurs, dont les professeures et professeurs Jonathan Bluteau, Patrick Charland, Marie-Maude Dubuc, Mélissa Goulet et Nathalie Poirier de l’UQAM, offre une analyse approfondie des défis psychologiques rencontrés au cours du cheminement scolaire des élèves et des personnes étudiantes, du primaire jusqu’à l’université. Fruit d’une collaboration internationale et sous la direction des professeurs Boujut, Meylan et Cappe, ce livre explore différents contextes éducatifs et étudie le stress, l’épuisement et l’engagement des personnes apprenantes et enseignantes. Un outil essentiel pour explorer les enjeux de santé mentale en enseignement.
Une perspective internationale du bien-être en éducation
Adaptation au stress en contexte scolaire examine les dynamiques du stress et du bien-être dans les systèmes éducatifs de la France, de la Suisse, de l’Italie et du Québec. Il concrétise le travail collectif d’enseignants-chercheurs et d’experts internationaux de l’adaptation scolaire et de l’épuisement en contexte scolaire et propose une approche comparative et multidisciplinaire des enjeux contemporains de l’éducation inclusive.
Cette perspective internationale est enrichie par des témoignages et des études empiriques. Les personnes autrices nous invitent ainsi à porter un regard nuancé sur les réalités éducatives, où l’inclusion, la santé mentale et l’adaptation sont au cœur des préoccupations.
Structuré autour des différents niveaux de scolarité, le livre consacre d’ailleurs une de ses sept parties à l’université, où les personnes étudiantes font face à des pressions académiques et une forte charge émotionnelle. À cet effet, ce billet abordera principalement deux chapitres de l’ouvrage, lesquels portent sur les personnes étudiantes à l’université.
L’épuisement à l’université
Dans le chapitre « Les causes du burnout à l’université : la perspective des étudiants et des professeurs », les chercheuses et chercheurs italiens et suisses Fiorilli, Angelini, Gabola, Letteri et Romano abordent le mal-être émotionnel en contexte d’enseignement et d’apprentissage. Le terme burnout, utilisé dans le livre, désigne un état d’épuisement résultant d’une exposition prolongée au stress.
« Caractérisé par une perte d’attitude positive, d’implication et d’engagement envers le contexte de travail ou des études, le burnout a été récemment défini comme un état de mal-être mental et physique impactant les quatre domaines suivants : cognitif, émotionnel, social et physique ».
(Schaufeli et al., 2023. Dans Fiorilli, Angelini, Gabola, Letteri et Romano, 2025.)
L’épuisement des personnes étudiantes peut entrainer des conséquences négatives telles que le décrochage scolaire, la baisse de rendement, l’abus de substances et des symptômes dépressifs. Les recherches internationales, notamment celles de Liu et al. (2023), révèlent que plus de la moitié des personnes étudiantes présentent des symptômes d’épuisement légers, tandis que 3,5 % et 1,2 % souffrent respectivement de symptômes graves et très graves. Les facteurs de risque incluent le genre, l’année d’études, les pressions externes, les habitudes de vie et des éléments socio-économiques comme les frais mensuels ou le niveau d’instruction des parents.
Les 4 dimensions du burnout
| L’épuisement | Perte d’énergie sur les plans physique et mental (éprouver un sentiment d’épuisement mental) |
| La distanciation mentale | Retrait mental et détachement psychologique (avoir du mal à se sentir enthousiaste) |
| La dégradation cognitive | Capacité réduite d’adapter ses propres processus cognitifs entrainant un manque d’attention et une difficulté à mémoriser (avoir du mal à se concentrer) |
| L’altération émotionnelle | Diminution de la capacité de contrôler ses réactions émotionnelles (se sentir triste ou en colère sans savoir pourquoi). |
Quelques pistes préventives
Pour prévenir et soutenir les personnes étudiantes, des interventions basées sur la pleine conscience, comme le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction), ont montré leur efficacité en renforçant l’autorégulation de l’attention et de l’apprentissage de même que l’auto-efficacité académique. Cependant, des ressources de soutien et d’orientation, la promotion d’activités culturelles, sportives et récréatives sont également au nombre des initiatives utiles pour réduire le stress des personnes étudiantes et engendrer leur sentiment d’appartenance.
Le sentiment d’inadaptation chez les personnes étudiantes
Dans le chapitre « L’alexithymie et le sentiment d’inadaptation chez les étudiants universitaires : le rôle médiateur de l’anxiété et de la résilience », les chercheurs soutiennent que certaines personnes étudiantes sont plus à risque de faire l’expérience d’états d’anxiété pendant leur parcours d’études. Angelini et Romano ont examiné la relation entre l’anxiété, la résilience, le burnout, la performance et… l’alexithymie. Cet aspect spécifique et méconnu du mal-être étudiant désigne une difficulté marquée à reconnaitre, décrire et réguler ses émotions, ainsi qu’à distinguer l’expérience émotionnelle des réactions physiologiques.
« L’alexithymie est une forme de dérèglement émotionnel qui ne permet pas d’identifier, de décrire et de réguler ses émotions, ni de distinguer l’expérience émotionnelle de l’activation physiologique. »
(Karukivi & Saarijarvi, 2014. Dans Angelini et Romano, 2025.)
L’étude qu’ils ont menée auprès de 257 étudiants universitaires italiens révèle des corrélations significatives :
- Ils observent une corrélation positive entre l’alexithymie, l’anxiété et le burnout. Les personnes étudiantes présentant davantage d’alexithymie présentent également davantage de manifestations d’anxiété (notamment des comportements d’évitement, de procrastination et d’inquiétude) et d’épuisement lié aux études et à la réussite des examens.
- Ils observent une corrélation négative entre l’alexithymie, la résilience et la performance universitaire. Les personnes étudiantes présentant davantage d’alexithymie présentent moins de résilience (notamment une moindre capacité à gérer les défis et la pression) ainsi qu’une moins bonne performance académique.
- L’anxiété et la résilience semblent toutefois jouer des rôles opposés. L’anxiété apparait comme un facteur de risque : elle est fortement associée au burnout et à une moins bonne performance universitaire. La résilience, à l’inverse, semble jouer un rôle protecteur en atténuant le lien entre l’alexithymie et le burnout.
L’anxiété apparait comme un facteur de risque, tandis que la résilience constitue une ressource potentiellement protectrice, particulièrement face au burnout.
Pour aller plus loin
Pour vous aider à réfléchir sur vos pratiques pédagogiques et votre rôle en regard de la détresse étudiante, voici quelques questions ouvertes :
- Comment, en tant que personne enseignante, puis-je contribuer à réduire le stress académique tout en maintenant des attentes élevées envers les personnes étudiantes?
- Quelles stratégies pédagogiques pourraient être mises en œuvre pour favoriser un environnement universitaire moins stressant tout en stimulant la réussite étudiante?
- Comment promouvoir la résilience chez les personnes étudiantes?
- Comment les universités pourraient-elles former les personnes enseignantes à reconnaitre les signes d’épuisement chez les étudiants et étudiantes et à intervenir de manière efficace?
- Quels outils ou ressources pourraient être développés pour aider les personnes enseignantes à équilibrer rigueur académique et bienveillance envers les étudiantes et étudiants?
Bibliographie
Boujut, É., Meylan, N. et Cappe, É. (dir.) (2025). Adaptation au stress en contexte scolaire. Dunod. https://doi-org.proxy.bibliotheques.uqam.ca/10.3917/dunod.bouju.2025.01.
Ce livre est disponible à la bibliothèque de l’UQAM.




