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9 septembre 2026

Inspirations estivales en cette rentrée 2026

Enseignement, apprentissage et numérique en éducation

Bonne rentrée à toutes et à tous! Avec le départ à la retraite d’Yves Munn, rédacteur en chef du Collimateur depuis ses débuts, le site de veille pédagogique et pédagonumérique en enseignement supérieur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) amorce une nouvelle étape.

Le plaisir d’apprendre ne se commande pas, il se stimule par la mise en place de situations qui rendent les savoirs vivants et désirables.

Le Collimateur s’est doté d’un comité pour prendre la relève. La nouvelle équipe poursuivra donc cette veille dans la même lignée tout en laissant place, à l’occasion, à d’autres voix et à des angles inédits tout en poursuivant dans la vision de son ex-rédacteur en chef. Nous espérons surtout que vous continuerez à nous lire avec intérêt, plaisir et curiosité.

Dans la foulée de la rentrée, voici quelques nouvelles qui ont retenu l’attention de l’équipe au cours de l’été. Les thématiques sont variées : logiciels libres, réussite, nature, lecture, IA générative, ressources culturelles et mécanismes cognitifs, mais elles convergent vers une même interrogation — quelles réflexions et quelles postures adopter concernant l’enseignement universitaire et l’apprentissage des étudiantes et des étudiants?

L’équipe a été inspirée par cette citation extraite de l’ouvrage de Philippe Meirieu, Le plaisir d’apprendre (2014), en espérant qu’elle vous inspire aussi.

Temps pour lire :

7–11 minutes

Apprendre autrement pour réussir autrement

La réussite étudiante a retenu l’attention cet été. Ainsi, une réflexion publiée dans La Presse en août alimente notamment la discussion sur les limites d’une évaluation exclusivement centrée sur la note et sur l’intérêt de valoriser davantage les expériences, les processus et les progrès réalisés.

Dans l’enseignement supérieur, ces questions rejoignent les débats actuels sur l’évaluation authentique, la rétroaction, la transparence des attentes et l’apprentissage réflexif. Elles trouvent aussi une résonance particulière à l’ère de l’IA générative : si certaines productions écrites peuvent désormais être facilement assistées ou produites par un outil d’IA générative, comment mieux documenter les démarches, les choix et le raisonnement qui mènent à ces productions?

Les conditions de l’apprentissage ne sont pas uniquement pédagogiques ou technologiques. Elles sont aussi spatiales, matérielles et environnementales. À cet effet, un article du Devoir consacré aux effets de la nature sur le cerveau des enfants rappelle les bénéfices potentiels associés au contact avec les espaces extérieurs : retour au calme, relations sociales, attention et disponibilité à l’apprentissage. Même si le contexte de l’article concerne plutôt le primaire, cette réflexion peut facilement se transposer aux institutions d’enseignement supérieur : quelles occasions nos campus, nos cours et nos activités offrent-ils pour se déplacer, observer, discuter ou apprendre hors des espaces habituels?

Finalement, la plateforme Télé-Québec en classe a lancé au mois d’août une section destinée à faciliter l’usage pédagogique du cinéma québécois, avec des films et des outils pour les différents ordres d’enseignement. Cette initiative souligne le potentiel des œuvres culturelles comme objets d’analyse, occasions de discussion et matériaux pour développer des compétences disciplinaires ou transversales. N’est-ce pas là l’occasion d’apprendre autrement?

Lire, comprendre et préserver l’effort

Le débat sur la lecture a également animé la saison estivale. Dans The Atlantic, Rose Horowitch soutient, dans un article intitulé The End of Reading Is Here, que nous serions en voie de sortir d’une « civilisation de l’écrit » pour entrer dans un monde postlittéraire. La thèse, volontairement forte, a suscité de nombreuses réponses, tant pour la critiquer que pour nuancer ses propos.

Les réactions qui ont suivi, notamment celle de Miller et celle de Martel, annoncent moins la disparition de la lecture que l’examen de ses transformations : lecture fragmentée, multiplication des formats courts, concurrence des sollicitations numériques, écoute de contenus audio, recours croissant aux outils d’IA pour résumer, expliquer ou reformuler. Dans notre contexte universitaire, le défi consisterait donc à préserver et à renouveler les pratiques de lecture longue, attentive et critique, sans nier les transformations réelles des pratiques informationnelles. Cela dit, comment aider les personnes étudiantes à développer une attention soutenue dans des environnements saturés de sollicitations? Il nous faut aussi réfléchir aux moyens pour rendre visibles les stratégies de lecture, de prise de notes et de vérification des sources. Malgré cela, comment faire de la lecture une activité de discussion, d’interprétation et de production de sens?

L’IA : clarifier les attentes

Cet été, l’IA générative a continué d’être un incontournable de l’actualité en éducation. Sur le blogue du Centre de pédagogie de l’université McGill, un billet présente cinq principes clés à propos de l’intégration de l’IA dans l’enseignement. Tout d’abord, l’usage de l’IA dans les cours relève d’un choix pédagogique. Ensuite, les personnes enseignantes peuvent déterminer quand, comment et dans quelles activités les personnes étudiantes pourraient y avoir recours. De plus, une déclaration explicite dans le plan de cours peut aider à clarifier les attentes. En outre, les outils de détection d’IA ne sont pas soutenus par l’université en raison de leur manque de fiabilité.

La posture adoptée dans ce billet met l’accent sur l’alignement entre l’usage autorisé de l’IA et les objectifs d’apprentissage, sur la clarté des attentes ainsi que sur les échanges entourant les pratiques pédagogiques avec les personnes étudiantes. Elle rejoint plusieurs enjeux déjà discutés sur le Collimateur, notamment autour de l’intégrité académique, de la pensée critique et de la conception d’évaluations qui rendent compte d’une démarche d’apprentissage. Elle corrobore aussi l’approche du Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire, avec les recommandations qui se trouvent dans la section IA et enseignement du site internet Enseigner à l’UQAM.

De son côté, HEC Montréal offre une ressource consacrée aux mécanismes de l’apprentissage à l’ère de l’IA générative. Elle met en avant six dimensions : la mémoire, l’attention, la métacognition, les fonctions exécutives, la surcharge cognitive et le transfert des apprentissages. Pour chacune, la ressource présente les possibilités et les risques associés à l’IA, de même que des stratégies susceptibles de soutenir l’agentivité et le bien-être des personnes étudiantes. Elle est accompagnée d’un répertoire de plus de 200 stratégies pédagogiques pouvant être filtrées selon le contexte, les difficultés rencontrées ou les usages de l’IA.

Finalement, notons qu’Anthropic a lancé au mois d’août Claude Academy, une plateforme gratuite destinée à soutenir l’apprentissage de Claude et le développement d’une littératie de l’intelligence artificielle. Cette approche attire particulièrement l’attention sur le rôle du jugement humain face aux interactions avec l’outil d’IA générative. Elle offre ainsi des pistes pour intégrer dans les tâches quotidiennes et de manière efficace, éthique et sécuritaire le recours à ce type d’outil, tout en développant des compétences susceptibles de demeurer pertinentes malgré l’évolution rapide des modèles et des plateformes. Cette plateforme amène à se demander : quels rôles devrait prendre l’université face à ces entreprises qui s’immiscent dans les compétences de l’éducation et de l’apprentissage?

Des infrastructures numériques locales pour l’enseignement

Un mouvement amorcé en France depuis plus de vingt ans autour du logiciel libre a retenu l’attention au cours des derniers mois. En effet, l’expérience de la Gendarmerie nationale, relatée par Les numériques, engagée dans cette transition depuis plusieurs années, est évoquée à la fois pour les économies réalisées par le non-renouvellement de licences commerciales de même que pour les enjeux de souveraineté numérique qu’elle soulève.

En juillet, une commission d’enquête de l’Assemblée nationale française a déposé un rapport sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités du pays dans le secteur numérique. Le rapport, rendu public le 15 juillet, place le logiciel libre et les communs numériques au centre d’une politique de souveraineté numérique. Le rapport formule notamment la proposition de rendre obligatoires, à compter de 2030, les solutions open source dans les marchés publics de logiciels des administrations et des opérateurs publics.

Cette actualité dépasse la question du remplacement d’un logiciel par un autre. Elle ramène au premier plan les conditions de maîtrise des outils numériques utilisés par les services publics : contrôle des données, continuité des services, coûts de licences, interopérabilité, capacité d’adaptation et dépendance envers les fournisseurs.

Le rapport ne constitue pas une politique déjà en vigueur et ne concerne pas les institutions québécoises. Il offre toutefois un point de départ intéressant pour une réflexion tant dans l’enseignement supérieur que dans nos institutions publiques en général. Dans quelle mesure les choix technologiques des institutions publiques, dont celles de nos maisons d’enseignements, peuvent-ils être examinés à l’aune de la souveraineté numérique, de la mutualisation des ressources et de la pérennité des infrastructures pédagogiques?

Pour aller plus loin

Ce parcours estival vous offre un ensemble de pistes pour regarder autrement vos choix pédagogiques : réfléchir l’usage des outils, expliciter ses attentes, observer davantage les processus plutôt que les productions finales, préserver l’attention et créer des environnements favorables à l’apprentissage. Lesquels comptez-vous intégrer cet automne?

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