Au Cœur des sciences à l’UQAM
Le Cœur des sciences célèbre ses 20 ans en 2026. Deux décennies à cultiver la curiosité, à tisser des liens entre la communauté et les scientifiques, et à faire rayonner la science bien au-delà des murs de l’UQAM.
Curiosité, créativité, convivialité, crédibilité, efficacité
Dans cet épisode du balado du Collimateur, nous mettons en lumière le Cœur des sciences, un centre culturel scientifique unique qui fait vivre la science au quotidien, bien au-delà des murs de l’UQAM. On y découvre comment ce lieu tisse des liens entre les chercheurs, les citoyennes et citoyens, les élèves du secondaire et les communautés francophones, ici comme ailleurs.



Photos : Karine Gélinas, Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire, UQAM.
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Les participants à la conversation (00:37)

Stephan Chaix, directrice du Cœur des sciences, dirige une équipe dynamique composée de Catherine, Perrine, Maria, Jason. Elle souhaite souhaite continuer à répondre aux questions du public, à émerveiller et à cultiver la curiosité.
Teodora Stan, qui est inscrite à la maitrise en sciences de l’environnement à l’UQAM, décrit le Cœur des sciences comme «un endroit où on chante tous en chœur notre passion pour la science».


Jean-Michel Lapointe, chargé de projets pédagonumériques au Carrefour, souligne que le Cœur des sciences est «un lieu pertinent» animé par «des personnes engagées et passionnées».
Yves Munn, chargé de projets pédagonumériques, apprécie particulièrement «la mission sociale» du Cœur des sciences.

Un centre de diffusion scientifique avec des publics distincts (01:37)
Stephan Chaix décrit le Cœur des sciences de l’UQAM comme «un petit bijou» dont la mission principale est de diffuser les sciences auprès du grand public grâce à des événements de vulgarisation scientifique. Le centre vise deux publics : le public adulte et les élèves du secondaire.
Pour le public adulte, le Cœur des sciences propose des conférences, des débats et des causeries, mais développe aussi des formats plus originaux, comme des soirées « sciences et jeux de société » ou des soirées cinéma. Lors de ces dernières, un scientifique commente les films à succès, en identifiant ce qui est réaliste ou non. Il montre ainsi comment le cinéma peut être une source de vulgarisation.
La programmation comprend également des balades scientifiques, des circuits d’une heure et demie dans la ville sur différents thèmes, comme les mathématiques, la chimie ou la biologie. Le fil conducteur reste constant : ce sont les scientifiques eux-mêmes qui vont à la rencontre du grand public pour partager leurs connaissances.
S’impliquer comme étudiante médiatrice scientifique (03:50)
Teodora Stan raconte son arrivée au Cœur des sciences en août 2023, au début de sa maîtrise en sciences de l’environnement. Elle découvre le rallye de biologie lors d’un kiosque organisé devant le pavillon des sciences et décide de s’impliquer.
Accompagnée par Sarah Tardif, l’ancienne étudiante responsable du rallye, elle apprend à animer la balade de l’écologie urbaine à sa manière. « Même si je m’y connaissais un peu moins en arbres, par exemple, moi je pouvais apporter autre chose », explique-t-elle. Le parcours dans le quartier Rosemont permet d’identifier les arbres et d’observer les dangers pour la biodiversité liés à l’urbanisation.
Les visites virtuelles de laboratoires (05:18)
Stephan Chaix décrit la série de visites virtuelles de laboratoires, une formule développée pour les élèves du secondaire. L’équipe se déplace avec des caméras ou simplement des téléphones cellulaires pour entrer dans les laboratoires où qu’ils soient et diffuser en direct.
L’exemple du laboratoire mobile de météorologie de Julie Thériault au mont Saint-Hilaire illustre bien le concept : des centaines d’élèves du secondaire étaient connectés en direct pour assister au lâcher d’un ballon météorologique et voir les données recueillies en temps réel. Stéphan Chaix faisait l’intermédiaire, relayant les questions des jeunes auprès des chercheurs.
Cette formule permet aux jeunes de plonger directement dans le travail des scientifiques et de voir la diversité des équipes de recherche (femmes, hommes, jeunes, moins jeunes, personnes expérimentées ou en début de parcours). Le nombre d’années d’études nécessaires pour obtenir une maîtrise ou un doctorat impressionne souvent les élèves. Cependant, les jeunes chercheurs et chercheuses scientifiques parviennent à démontrer qu’ils sont heureux dans leur parcours et qu’ils trouvent du plaisir à continuer.
Le cœur humain des sciences (07:35)
Yves Munn souligne que le mot «Cœur», dans Cœur des sciences, prend tout son sens. Il ne s’agit pas seulement d’un centre géographique, mais de bien plus.
Stephan Chaix confirme que le côté humain est au cœur de leurs activités. «On veut que nos activités soient des rencontres chaleureuses, humaines entre un public et des scientifiques», précise-t-elle. Cette conversation, presque d’égal à égal, vise à ce que les scientifiques soient tournés vers le public et répondent à leurs questions et à leurs intérêts.
Des publics variés et francophones (08:26)
Stephan Chaix explique que la notion de «grand public» reste floue et n’est jamais homogène. Selon les activités et les thématiques, les profils changent. Au niveau des adultes, ce sont généralement des personnes curieuses qui lisent les médias généralistes, mais qui veulent en savoir plus.
Pour la programmation scolaire, le Cœur des sciences rejoint des écoles secondaires de tout le Québec, en plus d’une grande quantité d’écoles hors Québec dans les communautés francophones. «Les professeurs nous disent qu’ils ont besoin de contenu scientifique en français et nous avons trouvé là un créneau intéressant pour diffuser nos activités», souligne-t-elle.
Un rayonnement transformé par la pandémie (09:39)
Jean-Michel Lapointe s’interroge sur l’effet de la pandémie sur l’offre de services du Cœur des sciences.
Stephan Chaix évoque «un changement majeur» au niveau du rayonnement, qui «a vraiment explosé». Pendant la pandémie, le centre a rapidement mis sur pied les «apéros sciences», des conférences en ligne souvent liées à la situation sanitaire. Des centaines de personnes se connectaient en fin d’après-midi pour suivre des conférences scientifiques pointues et bien vulgarisées.
Cette réponse à un besoin évident a transformé la portée géographique du centre. Les conférences sont désormais systématiquement enregistrées en vidéo et diffusées en différé sur la chaîne YouTube. Une grande partie des activités scolaires se déroule maintenant en ligne, permettant de rejoindre des écoles avec «une portée géographique immense».
Une programmation ancrée dans l’actualité (11:02)
Selon Stephan Chaix, la crédibilité et la rigueur scientifique sont essentielles, mais elles ne constituent pas le point de départ de la programmation. L’équipe s’efforce plutôt d’identifier les questions d’actualité qui préoccupent les gens.
Les exemples de la pandémie de COVID-19 et de la série de conférences sur les relations canado-américaines au printemps démontrent que, lorsque le sujet principal est d’actualité, «les gens sont là, les gens sont au rendez-vous». Certains «sujets bonbons», comme l’astrophysique, peuvent aussi susciter l’émerveillement en tout temps, puisqu’ils intéressent les gens « entre janvier et décembre ».
L’éclipse solaire : une approche différente (12:13)
Teodora Stan rappelle l’événement organisé lors de la dernière éclipse solaire, où une scientifique expliquait l’astrophysique derrière le phénomène, suivie par une conteuse qui racontait les mythes et les histoires culturelles entourant les éclipses.
Stephan Chaix explique la stratégie mise en place. Devant l’abondance d’activités expliquant l’éclipse, l’équipe a décidé de se démarquer en adoptant une perspective plus large. L’événement a eu lieu quelques jours avant l’éclipse, et non le jour même, qui était réservé au spectacle. Le centre a décidé de parler «du rapport des humains à ce phénomène astrophysique».
Cette approche montrait comment l’éclipse pouvait être utilisée comme un outil de recherche pour la communauté scientifique actuelle, révélant du même coup les moyens et processus de la recherche scientifique.
Faire naitre une curiosité et des vocations scientifiques (14:03)
Teodora Stan témoigne de l’influence du Cœur des sciences sur son parcours. La pratique intensive de la vulgarisation scientifique lui a appris à sortir de sa bulle et à parler de sa recherche. Elle s’est inscrite en certificat de journalisme pour explorer les techniques de tournage, de radio et de baladodiffusion afin de mettre en valeur la science.
Elle évoque la Grande tournée des labos, une activité où les élèves visitent successivement différents laboratoires et échangent avec les scientifiques. Les élèves découvrent la diversité des environnements de recherche : un laboratoire de météorologie diffère totalement d’un laboratoire de microbiologie avec ses microscopes et son environnement aseptisé, qui lui-même contraste avec un laboratoire d’écologie rempli d’ordinateurs et de matériel de terrain.
«Je suis pas mal sûre qu’on aura influencé plusieurs enfants qui vont devenir scientifiques !» affirme-t-elle. Jean-Michel Lapointe résume en disant que c’est une occasion de vulgariser les savoirs, mais aussi de créer de l’enthousiasme… ou tout simplement « de la curiosité », ajoute Teodora Stan.
Démystifier la démarche scientifique (16:39)
Jean-Michel Lapointe souligne que l’on voit souvent le produit fini de la recherche (articles ou livres), mais rarement toute la démarche qui se cache derrière.
Teodora Stan explique que cinq années d’études ne sont pas simplement cinq années qui passent. «C’est comme chaque année, il y a de nouvelles choses que tu as découvertes, des gens que tu as rencontrés. Tu as fait des présentations orales, c’est comme petit à petit, tu avances dans ton processus.» Elle décrit la recherche comme un projet personnel qu’on fait avancer dans la société, «ton petit trésor» qu’on peut partager avec les gens.
Diversité et modèles pour les jeunes en sciences (17:25)
Yves Munn observe qu’à l’UQAM, de plus en plus de modèles féminins occupent des postes d’administration et de recherche, ce qui témoigne de plafonds de verre qui ont été brisés.
Stephan Chaix confirme que le Cœur des sciences met l’accent sur la diversité, en particulier dans sa programmation scolaire. Les étudiantes sont très présentes dans cette programmation. Le programme «Rencontres science express» illustre bien cette approche : pendant une heure, les élèves du secondaire rencontrent quatre scientifiques différents en format «speed dating».
Cette activité met l’accent sur la diversité en termes d’âge, de genre, de domaines d’intérêt et de parcours personnels. «On veut vraiment casser l’idée du laboratoire aseptisé […] en montrant qu’il y a une grande diversité et que forcément tu peux t’identifier à quelqu’un qui te ressemble ou à qui tu veux ressembler», explique-t-elle.
Faire équipe avec les étudiantes et étudiants en sciences (19:05)
Stephan Chaix décrit la collaboration avec les personnes étudiantes en science comme «essentielle» pour le Cœur des sciences. L’équipe permanente compte 5 personnes, mais travaille avec une quarantaine de ces personnes étudiantes, principalement pour les activités scolaires.
Ce partenariat est mutuellement bénéfique. Les étudiantes et étudiants apportent leurs connaissances scientifiques, tandis que l’équipe du Cœur des sciences les accompagne pour ainsi perfectionner leurs habiletés en communication. Quand Stephan Chaix a appris que Teodora Stan se lançait en journalisme scientifique, elle y a vu « un baume au cœur ». Cela prouve que le centre a une part — «une grande part», précise Teodora Stan — dans ce cheminement.
Le programme Sprint de sciences est aussi une occasion pour que ces étudiantes et étudiants puissent partager leurs bons coups et leurs difficultés.
Contribuer au débat scientifique citoyen (21:14)
Jean-Michel Lapointe demande si le Cœur des sciences contribue positivement aux débats sur les sciences dans la société.
Stephan Chaix répond : «J’espère ! C’est vraiment la raison d’être du Cœur des sciences.» Elle admet que le contexte actuel est difficile et tendu, mais que la diffusion des connaissances scientifiques et la création de liens de confiance entre les scientifiques et le grand public sont leur mission quotidienne.
Ce travail passe par des rencontres où les gens ont du plaisir et se sentent valorisés, tout en recevant du contenu scientifique. L’année précédente, une participante lui a confié : «Stephan, quand on vient au Cœur des sciences, on se sent chez nous.» Ce compliment résume parfaitement ce que le centre recherche : que les gens se sentent en confiance.
«Notre contribution à la lutte contre la désinformation passe aussi par ce côté très humain de nos activités», conclut-elle en riant : «On se bat, et on va gagner !»
Pour aller plus loin
Cœur des sciences de l’UQAM
Découvrez la programmation complète du centre : conférences, balades scientifiques, activités scolaires et visites virtuelles de laboratoires.
Chaîne YouTube du Cœur des sciences
Visionnez les captations vidéo des conférences et des visites de laboratoires en différé.




