4 septembre 2025

IA et diplômés : un fossé avec les attentes des employeurs

L’IA progresse vite, mais les diplômés peinent à suivre.

Le rapport AI in the Workplace 2025 (PDF, 5Mo) est publié par le Digital Education Council (DEC), un organisme international qui produit enquêtes, cadres et rapports pour rapprocher les milieux de l’enseignement et de l’industrie. Ce conseil regroupe des universités et des entreprises partageant la vision de faire évoluer le monde de l’éducation et du travail grâce à la collaboration et à la technologie.

« Employers are embracing AI at pace, with many reporting meaningful gains in productivity, efficiency, and innovation. However, they also express growing concern that graduates are not ready for this world. » (Digital Education Council [DEC], 2025, p. 2)

Ce rapport présente les perceptions d’une centaine d’employeurs représentant plus de 4 millions de personnes réparties dans 18 secteurs d’activité dans 29 pays sur les impacts de l’IA dans leur environnement professionnel. Il expose également leurs attentes envers les établissements d’enseignement supérieur pour former une main-d’œuvre prête pour l’IA.

Le rapport est très imagé et se divise en 4 grandes sections.

  • L’IA en milieu de travail brosse un portrait de l’adoption de l’IA et de ses impacts en entreprise.
  • Regard vers l’avenir : Comment l’IA transforme l’emploi aborde la question de la réduction des effectifs ainsi que celle de la création de nouvelles responsabilités et de nouveaux postes.
  • Combler le fossé entre l’adoption de l’IA et la productivité examine les obstacles à l’adoption de l’IA, notamment le manque de formation et de lignes directrices.
  • Le rôle de l’enseignement supérieur dans la préparation des diplômés à l’IA décrit les habiletés et compétences recherchées.

Les faits saillants de ce rapport

L’IA en milieu de travail

63 % des employeurs jugent que l’IA est très utile, voire qu’elle révolutionne la productivité ou l’efficacité. Cependant, bien que certaines équipes réalisent des gains de performance grâce aux outils d’IA, d’autres ne parviennent pas à en libérer tout le potentiel faute de soutien. Cette inégalité pourrait entrainer une fracture de productivité liée à la capacité de bien utiliser les outils d’IA.

  • Selon 56 % des employeurs, la majorité de leurs équipes utilisent des outils d’IA dans leurs tâches quotidiennes, alors que 38 % d’entre eux disent que seul un petit nombre de personnes le font. Cette disparité dans l’utilisation de l’IA fait en sorte que toutes les personnes employées ne sont pas en mesure de profiter de l’amélioration de la productivité qu’elle peut offrir, ce qui pourrait impacter de manière plus large la performance organisationnelle.
  • 0 % des employeurs ont observé des impacts négatifs. Pour 36 % d’entre eux, l’impact est plus flou : des gains de productivité, mais aussi de nouveaux défis et la nécessité de superviser.
  • En entreprise, les outils d’IA servent encore principalement à assister ou augmenter le travail humain et non pas à le remplacer (recherche d’informations, transcription ou synthèse, remue-méninges, rédaction, création de contenus). Cependant, 39 % des employeurs signalent commencer à utiliser l’IA pour automatiser certaines tâches ou des flux de travail.
  • Les auteurs concluent cette partie en soulignant que le rôle actuel d’assistance de l’IA n’est qu’une première étape. Après l’IA générative, ils anticipent l’émergence de systèmes plus autonomes capables de planifier et d’exécuter des tâches (IA agentique), ainsi que de technologies visant le transport et les activités physiques (IA physique). Ces formes d’IA sont encore peu répandues, mais elles sont appelées à transformer plus profondément le travail.

Regard vers l’avenir : comment l’IA transforme l’emploi

72 % des employeurs estiment que l’IA entrainera une réduction du personnel.

Les postes les plus à risque se situeraient dans les domaines du marketing, des communications, des relations publiques, des données, de l’analytique et de l’intelligence d’affaires.

  • 62 % des employeurs estiment que l’adoption de l’IA entrainera la création d’emploi au sein de leurs équipes. Les personnes les plus éduquées sont les plus susceptibles de saisir les opportunités offertes par les technologies.
  • Les emplois émergents anticipés sont principalement axés sur l’IA (par exemple, les rédacteurs [prompt engineers], les experts en éthique de l’IA, les architectes de données et les ingénieurs en IA), ce qui laisse croire que la compréhension des employeurs à son sujet est encore balbutiante. Une seconde vague, plus adaptée aux différents secteurs, est encore à venir.
  • Près de 98 % des employeurs s’attendent à ce que l’utilisation de l’IA augmente dans leur organisation. Ils prévoient ainsi une hausse de l’efficacité et de la productivité, en plus de l’élimination des tâches répétitives. La créativité, l’innovation et la réduction des coûts sont aussi des avantages escomptés.
  • Cette section se termine par une liste de cinq sujets de préoccupation des employeurs concernant la transformation du marché du travail par l’IA : l’évolution et la perte d’emplois ; la dépendance aux outils d’IA qui entraine un affaiblissement de la pensée critique ; l’éthique, la confidentialité et la sécurité des données ; la désinformation et les failles de la gouvernance.

Combler le fossé entre l’adoption de l’IA et la productivité

Les trois premiers freins à l’adoption de l’IA mentionnés par les employeurs sont la sécurité et la confidentialité des données, le manque de connaissances ou de compétences et l’absence de politiques ou de directives claires.

  • 53 % des employeurs affirment ne pas avoir de lignes directrices ou s’appuyer sur des normes informelles formulées en équipe pour guider l’utilisation des outils d’IA.
  • 41 % des employeurs disent ne pas offrir de formation sur les outils d’IA, ce qui laisse croire que le personnel les utilise sans encadrement ni soutien formel.
  • Pour la formation du personnel, les employeurs privilégieraient l’apprentissage sur le tas, par la pratique, l’apprentissage entre pairs et le partage des connaissances à l’interne, les ateliers ou webinaires, de même que l’accès à un répertoire de bonnes pratiques.

Le rôle de l’enseignement supérieur dans la préparation des diplômés à l’IA

Cette dernière partie souligne d’emblée que les personnes diplômées entrent dans un monde du travail axé sur l’IA pour lequel elles ne sont pas suffisamment préparées.

Seuls 3 % des employeurs pensent que les établissements d’enseignement supérieur outillent adéquatement les personnes étudiantes pour travailler avec l’IA. De plus, 80 % d’entre eux estiment que les institutions d’enseignement ne suivent pas le rythme des changements imposés par le marché du travail.

  • 51 % des employeurs s’attendent à ce que les jeunes professionnels qu’ils embauchent maîtrisent les outils d’IA.
  • Parmi les étudiants, 48 % d’entre eux disent ne pas se sentir prêts à intégrer le marché du travail dominé par l’IA.
  • 53 % des employeurs s’inquiètent des compétences des détenteurs de diplômes en matière d’utilisation réfléchie des outils d’IA, plutôt que de leurs compétences techniques.

La pensée critique et analytique des personnes diplômées est la compétence la plus recherchée par les employeurs (92 %). Elle est suivie de la littératie de l’IA (62 %) et des compétences en communication et mise en récit (storytelling). Seuls 19 % des employeurs considèrent que la connaissance approfondie d’un domaine spécifique est une priorité.

  • 72 % des personnes étudiantes estiment qu’il serait pertinent d’ajouter des cours de littératie en IA à leur programme de formation.
  • Les employeurs estiment que les compétences en littératie de l’IA, en pensée critique, en éthique et en responsabilité de l’IA, en communication et en collaboration humaines, ainsi qu’en expérience pratique devraient être une priorité pour les établissements d’enseignement. Cependant, ils soulignent que le développement de ces compétences ne relève pas uniquement de leur responsabilité.
  • Cette dernière partie du rapport se conclut par un rappel : les employeurs, les institutions d’enseignement supérieur, les individus et le gouvernement ont tous un rôle à jouer dans la construction du monde professionnel de demain.

Quelques pistes de réflexion

Pour vous aider à réfléchir à vos pratiques et à votre rôle pour relever les défis soulevés dans le rapport du DEC, voici quelques points à considérer.

Comment pourrait-on transformer l’enseignement de manière à ce que les personnes ayant obtenu un diplôme puissent utiliser efficacement et de façon réfléchie les outils d’IA générative dans leur vie professionnelle ?

  • Comment pourrait-on intégrer des activités d’apprentissage permettant aux personnes étudiantes d’accéder au potentiel des outils d’IA générative afin qu’elles puissent être efficaces et créatives dans leur vie professionnelle ?
  • Comment nos approches pédagogiques peuvent-elles encourager les étudiants à utiliser les outils d’IA de manière à augmenter ou à améliorer leurs capacités et à en tirer le meilleur parti dès maintenant ?
  • Comment pouvons-nous adapter nos programmes pour mieux répondre aux compétences émergentes nécessaires pour occuper les emplois actuels et futurs, aux évolutions technologiques et aux besoins du marché du travail ?
  • Comment pouvons-nous intégrer le développement de la pensée critique dans les méthodes pédagogiques ?
  • Dans les activités d’apprentissage vécues en classe, comment doter les personnes étudiantes des compétences nécessaires en matière de pensée critique et développer chez elles une capacité d’adaptation autonome face à l’évolution rapide des usages de l’IA ?
  • Comment développer le réflexe de se demander quand utiliser les outils d’IA générative et quand les éviter en tenant compte de leur empreinte écosociale ?

Bibliographie

  • Digital Education Concil (2025). AI in the Workplace 2025. Repéré à https://www.digitaleducationcouncil.com/post/ai-in-the-workplace-2025
    La reproduction ou la diffusion des informations issues de IA en milieu de travail 2025 par le Digital Education Council est autorisée, à condition qu’elles ne soient pas modifiées et que la source et l’organisme soient cités et reconnus.

Sujets similaires