Naissance de la Faculté des sciences de la santé à l’UQAM
Conversation avec Fabrice Brunet, vice-recteur associé au développement des sciences de la santé
« On n’a pas appelé cela Faculté de médecine ou Faculté de sciences infirmières, on a une vision de santé. »
Fabrice Brunet
L’UQAM lance sa Faculté des sciences de la santé avec une approche unique : l’enseignement de la santé plutôt que de la maladie.
Conversation avec Fabrice Brunet, vice-recteur associé au Développement des sciences de la santé, sur cette approche transdisciplinaire qui mobilise l’expertise unique de l’université pour former les professionnelles et professionnels de demain.

Photos : Karine Gélinas, Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire, UQAM.
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Les participants à la conversation (00:40)

Fabrice Brunet est vice-recteur associé au développement des sciences de la santé. Il met en évidence que l’UQAM est une université qui, depuis de nombreuses années, voire décennies, travaille dans le domaine de la santé et qu’elle apporte tout un ensemble d’expertises qui vont nous permettre de construire une Faculté des sciences de la santé et non pas une Faculté des sciences de la maladie.
Alexandre Bédard est conseiller en pédagogie universitaire au Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire, et il est également chargé de cours à l’ESG. Il se dit très heureux d’avoir l’occasion de parler de la Faculté des sciences de la santé, qui vise à agir auprès des populations, une cause qui lui tient à cœur, tant sur le plan pédagogique qu’en ce qui concerne l’accompagnement.


Yves Munn travaille comme chargé de projets technopédagogiques au Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire. Il exprime sa profonde curiosité quant à la manière de créer une nouvelle faculté universitaire, en particulier la Faculté des sciences de la santé de l’UQAM.
Présentation de Fabrice Brunet et de la vision facultaire (01:56)
Yves Munn souligne d’emblée le caractère exceptionnel du mandat confié à Fabrice Brunet : créer une faculté de toutes pièces, « ce n’est pas tous les jours que ça arrive ». Il dresse le portrait d’un médecin-chercheur de renommée mondiale, ayant étudié à Paris et ayant une expertise en cardiologie, en médecine d’urgence et en réanimation. Il a dirigé les hôpitaux universitaires Sainte-Justine et CHUM avant d’être nommé officier de l’Ordre du Canada en juin 2025. Il souligne que ce parcours illustre parfaitement les quatre valeurs fondamentales de l’UQAM, soit l’accessibilité, l’engagement, l’audace et l’ouverture.
Fabrice Brunet confirme que l’enseignement « fait partie de lui » depuis plusieurs décennies, à Paris, à Toronto et à l’Université de Montréal. Mais ce qui le distingue ici, c’est le caractère inédit du projet. « On n’a pas appelé cela Faculté de médecine ou Faculté de sciences infirmières, on a une vision de santé », précise-t-il. Cette nuance est, selon lui, « capitale ». Les facultés traditionnelles arrivent structurellement trop tard, puisqu’elles parlent de la maladie, alors que cette nouvelle faculté veut partir de la santé de la personne, agir en amont des mécanismes pathologiques, et couvrir l’ensemble du spectre de vie, de la conception jusqu’à la mort.
Une approche à la fois multidisciplinaire et transdisciplinaire (06:42)
Yves Munn soulève la question de la fragmentation disciplinaire à l’UQAM. Plusieurs départements traitent de la santé (psychologie, sexologie, etc.), mais ils fonctionnent souvent en silo. Il interpelle Fabrice Brunet quant à la façon dont la nouvelle faculté entend articuler une approche à la fois multidisciplinaire et transdisciplinaire.
Fabrice Brunet répond par une affirmation d’une portée considérable : « Toutes les facultés, les écoles, les instituts, de près ou de loin, touchent à la santé. » Ce ne sont donc pas quelques départements qui sont concernés, mais l’UQAM dans son ensemble. C’est précisément là qu’est la richesse du projet : construire une vision de « pratique multidisciplinaire, multiprofessionnelle, multisectorielle » qui soit en mesure d’appréhender la santé dans toute sa complexité. Elle devra tenir compte, non seulement, des déterminants individuels, comme la génétique, mais aussi des déterminants environnementaux, tant comportementaux que contextuels. Ce sont des dimensions que les disciplines déjà enseignées à l’UQAM étudient, mais jusqu’ici de façon cloisonnée.
Former pour la santé, pas pour la maladie (07:42)
Alexandre Bédard profite de l’occasion pour retourner la question à Fabrice Brunet. Comme il est lui-même un enseignant expérimenté, qu’est-ce qui constitue son souhait le plus cher pour cette faculté sur le plan pédagogique ? Que devrait-elle apporter de plus que les autres institutions ?
Fabrice Brunet répond sans détour : il souhaite former des professionnel·les qui « envisagent non pas que la maladie, mais l’ensemble de la vie ». Aujourd’hui, les professionnel·les de la santé interviennent principalement en présence d’une maladie (au début, pendant et parfois juste après). Lorsque la personne est en bonne santé, les interactions avec le système sont quasiment inexistantes. La nouvelle faculté vise à combler ce vide en formant des expert·es capables d’agir à tous les moments de la vie, dans tous les milieux : entreprises, municipalités, écoles, transports. Il illustre son propos en prenant l’exemple du climat de travail, qui peut être bienveillant, mais parfois délétère. Il souligne que des professionnel·les formé·es à cette vision auraient pu intervenir bien avant que l’épuisement professionnel ne s’installe.
Fabrice Brunet conclut en unifiant les préfixes « multi », « inter » et « trans » sous une idée simple : « mettons nos connaissances ensemble, développons une intelligence collective avec la personne ». De cette manière, la faculté ne produira pas seulement de la santé, mais aussi du développement économique et scientifique, contribuant ainsi au rayonnement du Québec bien au-delà du seul champ biomédical.
Sciences infirmières : un nouveau continuum en santé (12:09)
Yves Munn oriente la conversation vers le programme de sciences infirmières en développement à l’UQAM, et demande à Fabrice Brunet comment il s’inscrit dans la vision globale qu’il vient de présenter. Il souligne un élément distinctif important : les étudiant·es viendront des cégeps avec une expérience terrain acquise grâce à leur formation technique, ce qui n’est pas anodin.
Fabrice Brunet confirme que c’est précisément cette trajectoire qui l’intéresse. Les futurs étudiants et étudiantes arriveront à l’UQAM déjà titulaires du titre d’infirmier ou d’infirmière, ayant réussi l’examen de l’Ordre. La formation universitaire viendra donc compléter, et non remplacer, leurs compétences techniques, en leur ajoutant deux dimensions absentes de la formation actuelle : le maintien de la santé et la prévention, en complément du diagnostic, du traitement et de la réadaptation. Ces infirmier·ères pourront ainsi accompagner les personnes sur l’ensemble d’un continuum de vie, intervenir dans des milieux variés au-delà des hôpitaux et des CLSC, et communiquer efficacement avec l’ensemble des professionnel·les de santé grâce à des compétences transversales. Il souligne également l’importance de l’intégration des avancées technologiques révolutionnaires, telles que l’intelligence artificielle, la robotique et la télémédecine 4.0, dans ce programme de formation.
Alexandre Bédard souligne que c’est exactement là que réside la valeur ajoutée de l’UQAM : non pas reproduire ce qui existe déjà, mais apporter « une autre couleur » et compléter le portrait de l’enseignement universitaire en sciences infirmières au Québec.
Former l’infirmier·ère du futur (17:06)
Yves Munn s’interroge sur la manière de former ces professionnel·les ? Il rappelle qu’Alexandre Bédard a visité des cégeps pour observer les pratiques pédagogiques en cours, et que la faculté est encore à l’étape des choix.
Alexandre Bédard confirme que « plusieurs idées sont sur la table ». L’innovation visée ne se limite pas à la technologie. Elle concerne aussi les approches pédagogiques et la relation entre le personnel enseignant et la communauté étudiante. Il évoque notamment la possibilité d’offrir la formation à des infirmier·ères en région, et d’ancrer les programmes dans le volet communautaire et les milieux défavorisés, qui est « la couleur de l’UQAM ». D’autres programmes que les sciences infirmières seront également lancés.
Fabrice Brunet ramène la réflexion à une question fondatrice : « Qu’est-ce qu’on veut à la fin ? » Un groupe de travail composé d’infirmières et d’infirmiers réfléchit actuellement au profil de « l’infirmier·ère du futur ». La réponse s’articule autour de compétences transversales couvrant l’ensemble du continuum de la santé, dans des milieux aussi variés que l’itinérance, les organismes communautaires, les municipalités ou les instances gouvernementales. Il précise que la formation s’étendra au-delà du DEC-BAC pour inclure des études de maîtrise, de DESS et de doctorat. Il mentionne aussi l’intégration de l’intelligence artificielle de manière éthique et responsable, le recours aux expert·es de la Faculté des sciences de l’éducation pour développer des innovations pédagogiques, et la collaboration avec le Département des sciences de la Terre pour prendre en compte les effets des changements climatiques dans le raisonnement clinique. Autant de données qui, jusqu’ici, « n’étaient pas incorporées dans le raisonnement ». Yves Munn anticipe l’existence de spécialisations, ce que Fabrice Brunet confirme sans équivoque.
La clinique universitaire de santé globale (24:46)
Yves Munn mentionne la création de la Clinique universitaire de santé globale, lancée en janvier 2026, qui réunit déjà psychologues, travailleurs sociaux et travailleuses sociales, sexologues, spécialistes en activité physique et en physiothérapie. Il souligne que cette clinique est ancrée dans le quartier, en cohérence avec la tradition de l’UQAM d’être « très en contact avec le terrain », et pose la question de la chronologie de cette création. « Était-il voulu que cette clinique naisse avant le programme ? »
Fabrice Brunet confirme et rappelle un fait que l’on a tendance à oublier : l’UQAM ne part pas de zéro. Tous les programmes mentionnés existent déjà. C’est précisément cette richesse accumulée qui a motivé son choix de rejoindre l’UQAM. « L’université qui était la plus dans la santé, c’était l’UQAM », dit-il, ce que Yves Munn trouve paradoxal, puisqu’elle n’est pas une université de médecine. Fabrice Brunet assume complètement ce paradoxe. C’est précisément parce qu’elle n’est pas une Faculté de la maladie qu’elle était la mieux placée pour porter ce projet.
Il esquisse ensuite une vision d’ensemble du déploiement institutionnel. La clinique grandira, d’autres entités similaires seront créées, et des collaborations sont envisagées avec les CLSC, avec les GMF eux-mêmes pour les faire évoluer, et avec les CISSS. L’objectif n’est pas de supplanter le réseau existant, mais de le compléter et de l’enrichir d’une perspective de santé globale.
Santé des populations (27:40)
Fabrice Brunet souhaite mettre en évidence le fait qu’un deuxième département est en cours de création pour la Faculté des sciences de la santé, soit celui de la Santé des populations. Il souligne que la décision de lancer en même temps les Sciences infirmières et la Santé des populations n’est pas le fruit du hasard, car ces deux domaines sont explicitement liés. Le premier a une connotation globale, davantage orientée vers le soin. Le second, Santé des populations, couvre trois niveaux : la santé personnalisée-individuelle, la santé populationnelle (personnes âgées, personnes issues de l’immigration, personnes en situation d’itinérance, nourrissons dans les mille premiers jours de vie, etc.) et la santé publique. L’ouverture des deux programmes est envisagée dans un horizon de 16 à 24 mois.
Fabrice Brunet insiste sur le fait que de grands croisements vont se produire, les uns avec les autres, pour créer une pratique collaborative basée sur l’expertise multiple des personnes professionnelles dans une vision de leadership partagé . Il précise d’ailleurs que ce leadership partagé s’enseigne, et c’est ce qui pourrait être l’apport de l’ESG sur ce plan. « Gérer une équipe, ce n’est pas inné. » Il évoque en terminant le développement en cours de nouveaux programmes universitaires en ostéopathie.
Art, sciences et santé (30:18)
Un autre domaine est abordé : les Arts. Fabrice Brunet souligne l’apport précieux de l’expertise de la Faculté des arts de l’UQAM, via le théâtre, la danse et la musique, pour former une pratique collaborative bien huilée fondée sur le leadership partagé et sur des compétences transversales essentielles où l’on apprend les uns des autres.
Yves Munn se demande si un professionnel de la santé pourrait prescrire une sortie à l’orchestre symphonique.
Fabrice Brunet répond que c’est déjà le cas : des médecins de famille peuvent aujourd’hui prescrire des visites de musée. Il ajoute qu’une faculté de médecine aux États-Unis est entièrement fondée sur les interactions entre science et arts. La Faculté des arts de l’UQAM contribue d’ailleurs, à travers le théâtre, la danse et la musique, à enseigner la pratique collaborative et le leadership partagé — des compétences transversales que les professionnel·les de la santé devront maîtriser.
Fabrice Brunet évoque ensuite le champ des savoirs en biologie qui seront également mobilisés : génomique, protéomique, métabolomique, ainsi que les travaux du Centre d’excellence en recherche sur les maladies orphelines (CERMO) de l’UQAM. Ces domaines sont aujourd’hui principalement associés à la maladie. Selon lui, les intégrer dans une perspective de santé représente « quelque chose de remarquable ».
Il conclut en soulignant une distinction conceptuelle importante. L’objectif principal de notre approche n’est pas nécessairement de désengorger le réseau de soins, mais plutôt de rehausser durablement l’état de santé de la population. En misant sur la prévention et sur une détection beaucoup plus précoce des problèmes de santé, on réduit indirectement la gravité des maladies et le recours aux services de santé, ce qui allège le système, mais seulement comme conséquence secondaire et non comme objectif principal.
Le momentum (32:40)
Fabrice Brunet explique que ce projet émerge au moment opportun. Il y a quinze ans, le système fonctionnait encore de manière satisfaisante. Donc, il n’y avait pas le momentum. Au fil de sa carrière hyper spécialisée au CHUM et au CHU Sainte-Justine, il a toujours pensé qu’il serait quand même mieux de maintenir les gens en santé , mais cette mission ne représentait qu’une petite part des priorités. Maintenant qu’il a quitté ces postes, il peut enfin se consacrer entièrement à la prévention de toutes les maladies, plutôt qu’au traitement d’une maladie une fois qu’elle est déjà déclarée. Cette distinction est cruciale.
Alexandre Bédard lui demande : « Qu’est-ce qui fait que c’est le momentum en ce moment ? » Fabrice Brunet en distingue trois composantes. D’abord, il y a une pression mondiale, les bouleversements climatiques et la croissance démographique rendent impossible le maintien d’un système centré sur la maladie, et l’OMS, elle-même, préconise désormais une approche « One Health ». Ensuite, il y a une crise locale : le système de santé québécois est en difficulté, à la fois financièrement et humainement, avec une perte de sens chez les professionnel·les. Finalement, il y a une transformation des attentes sociales, en particulier chez les jeunes, qui souhaitent de plus en plus prendre en charge leur propre santé, ce qu’illustre la baisse de la consommation d’alcool et l’essor des bars sans alcool.
Alexandre Bédard conclut en ces termes : « Une Faculté qui arrive à point pour redonner du sens et répondre à ce besoin de la société. » Fabrice Brunet approuve ces propos, les considérant comme une conclusion parfaite, « le mot de la fin ».

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